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Entreprendre autrement, jeudi, 21 août 2008
Entreprises différentes, banquiers différents
21-août-2008Journal Les Affaires
Pour une entreprise, se financer n'est jamais simple. Pour une entreprise sociale, dont le principal objectif est de maximiser ses retombées sociales plutôt que ses rendements financiers, l'exercice est encore plus difficile.
"Une entreprise sociale a intérêt à connaître les sources de financement non classiques", dit
Lucie Chagnon, présidente et fondatrice de Commodus, un courtier qui offre à des employeurs des
services d'aide divers pour favoriser la conciliation travail-famille de leurs employés.
"Une entreprise qui véhicule d'abord des valeurs sociales, ce n'est pas très vendeur auprès
des financiers traditionnels", note aussi Nancy Neamtan, pdg du Chantier de l'économie sociale.
Un fonds de 52,8 millions
En janvier 2006, pour répondre aux besoins financiers des entreprises d'économie sociale, le
Chantier mettait à leur disposition un fonds de 52,8 millions de dollars, réuni grâce à la
contribution financière de Développement économique Canada (qui injectait 22,8 millions), du Fonds
de solidarité FTQ (12 millions), du gouvernement du Québec (10 millions) et de Fondaction, le Fonds
de développement de la CSN pour la coopération et l'emploi (8 millions).
"Les entreprises d'économie sociale représentent un chaînon important de l'économie du Québec. Afin de soutenir leur croissance, elles ont besoin d'outils de financement adaptés à leur mission et à leurs besoins", note Mme Neamtan.
La Fiducie du Chantier de l'économie sociale accorde des prêts de capital patient, c'est-à-dire sans remboursement de capital avant 15 ans. Les prêts, qui varient de 50 000 $ à 1,5 million, sont octroyés à des fins de démarrage, de développement, d'acquisition, de construction ou de rénovation d'actifs immobiliers.
Seules les coopératives et les organismes sans but lucratif sont admissibles. La Fiducie a investi près de 6 millions dans 15 entreprises, dont la Corporation du Cinéma Beaubien (Montréal), Les Serres coopératives de Guyenne (Abitibi-Témiscamingue) et le Service funéraire coopératif Drummond (Centre-du- Québec).
Le Réseau d'investissement social du Québec, un fonds de capital de risque mis en place par le Chantier en 1997, est l'organisme mandaté par la Fiducie pour analyser les demandes de prêts.
Une Caisse pas comme les autres
Autre prêteur : la Caisse d'économie solidaire Desjardins, qui demeure la plus
importante institution financière spécialisée en économie sociale et la seule à s'y consacrer
exclusivement.
Depuis 37 ans, cette caisse, qui utilise ses excédents pour oeuvrer au développement
collectif au lieu de distribuer des ristournes individuelles à ses membres, a notamment contribué
au développement des centres de la petite enfance, des coopératives d'habitation, des centres
d'insertion en emploi, d'entreprises culturelles, de même qu'à la revitalisation des économies
locales.
Encore aujourd'hui, la Caisse est "animée d'une volonté de faire les choses autrement, d'être un outil de développement pour l'entrepreneuriat collectif", souligne Pascale Caron, conseillère en développement stratégique de la Caisse d'économie solidaire Desjardins.
La Caisse, qui visait principalement le marché des coopératives et des organismes sans but lucratif, s'est intéressée davantage aux entreprises sociales privées ces dernières années.
"Nous sommes encore à mieux définir la grille d'analyse pour ce type d'entreprises", dit Mme
Caron.
La Caisse d'économie solidaire dessert tout le territoire québécois depuis ses quatre centres
de services situés à Montréal, à Québec, à Joliette et au Nunavik. Elle compte près de 10 300
membres dont 2 665 entreprises collectives.
L'augmentation de son effectif se fait particulièrement chez les 18 à 34 ans. "Les jeunes choisissent la Caisse à cause de notre parti pris pour les causes sociales et environnementales", dit Pascale Caron.
Investissement Québec et l'entrepreneuriat social
Investissement Québec est mieux connu pour ses interventions financières auprès de grandes
entreprises et pour sa prospection de multinationales étrangères.
Pourtant, "depuis plusieurs années nous travaillons aussi au développement des entreprises
sociales", dit Claude Carbonneau, vice-président aux coopératives et autres entreprises de
l'économie sociale d'Investissement Québec. Depuis 30 ans en fait, car Investissement Québec assure
la continuité du mandat de la Société de développement des coopératives créée en 1978.
Investissement Québec participe au financement de projets de coopératives et d'organismes
sans but lucratif par l'entremise de garanties de prêt et de prêts directs. Tous les types de
projets et tous les secteurs d'activité sont admissibles.
"C'est un marché en croissance", note M. Carbonneau, précisant qu'Investissement Québec vient en aide à une centaine d'entreprises sociales par année avec des autorisations de prêts totalisant en moyenne 30 millions.
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